L’Orgue saxon à Porrentruy

L’Orgue saxon à Porrentruy

L’école d’Allemagne centrale à l’église des jésuites – atelier Jürgen AHREND

L’orgue de l’église des Jésuites de Porrentruy a été construit par Jürgen Ahrend en 1985, d’après les instruments que Gottfried Silbermann a faits en Saxe (Glauchau). Par sa disposition et son toucher, il se destine particulièrement à la musique de J.S. Bach.

Le souhait exprimé par les responsables locaux, ainsi que les décorations élégantes de l’église des Jésuites m’ont suggéré le choix d’un buffet historique d’abord, celui d’un modèle de Gottfried Silbermann ensuite. Le fait que, jusqu’alors, aucun facteur d’orgue n’avait tenté une copie intégrale de ces belles façades constituait une incitation de taille. De réaliser l’ensemble de l’œuvre « à la façon de Gottfried Silbermann » allait être le but de mes recherches et de mes efforts.

Pour le connaisseur, l’orgue Silbermann représente, depuis ses origines et jusque dans la première moitié du 18ème siècle, un instrument d’une qualité exceptionnelle que l’amateur découvre en admirant le buffet et ses différentes parties, poussant l’observation jusqu’aux soufflets placés dans la tour ou sous la toiture. Pour l’organiste, c’est l’assurance d’une manipulation simple et d’une disposition naturelle des tirants de registre. Autre souci de ce grand artisan : se limiter en toutes choses à l’essentiel. L’étendue du pédalier, par exemple, ne dépassera jamais c’, soit 2 sommiers de 12 notes.

L’auditeur, quant à lui, admire tout particulièrement la qualité du son : beauté des principaux d’étain, transparence des pleins-jeux, clarté des flûtes et fermeté des basses n’en sont que quelques aspects.

En comparaison avec l’orgue d’Allemagne du Nord, il convient de signaler quelques différences marquantes : alors que Arp Schnitger multiplie les buffets, souvent de taille modeste, Silbermann enfermera l’ensemble de la tuyauterie dans une vaste caisse unique ; jamais de positif de dos, rare recours aux tourelles de pédale, incitant à multiplier les jeux de solo. La disposition des basses au fond du buffet conduit à une présence ample et équilibrée de ce fondement de l’édifice sonore.

Silbermann substitue aux nombreux jeux d’anches des maîtres du Nord un dosage savant et sans failles des mutations simples. Dernière particularité d’importance : cette ressource unique d’utiliser les pleins-jeux pour la restitution d’une polyphonie d’orgue, telle qu’elle se rencontre à travers l’œuvre de Bach par exemple.

Jürgen Ahrend, 1985


Illustrations sonores

JS BACH – Prélude du choral Ach Herr, mich armen Sünder, Michel RADULESCU
JS BACH – Prélude en do majeur, Michel RADULESCU
JS BACH – Fantaisie sol mineur BWV 542; Gabriel WOLFER